Stephen King ne se contente pas d’écrire des fictions géniales, il a aussi publié un livre sur sa vision du métier d’écrivain : Écriture, mémoires d’un métier (Albin Michel, 2001). Certains des conseils qu’il dispense dans cet ouvrage s’appliquent à la rédaction web. Plus encore, ils vous permettront d’améliorer la qualité de vos écrits web, en les rendant plus efficaces et percutants. Morceaux choisis.

Simplifiez votre vocabulaire

« N’oubliez jamais que la première règle, en matière de vocabulaire, est d’utiliser le premier mot qui vous vient à l’esprit, s’il est approprié et expressif. »

Attention : il ne s’agit pas de publier tout ce qui vous vient à l’esprit, ni de supprimer l’étape de la relecture. Mais il n’est pas nécessaire de vouloir réécrire chaque mot en lui trouvant un synonyme plus joli ou plus alambiqué.

Si vous tenez absolument à utiliser un synonyme, gardez en tête qu’il ne s’agit plus tout à fait du même mot : son sens change, même si la nuance est subtile.

En pratique

Choisissez toujours le mot juste, même s’il est simple. Votre lecteur ne vous en voudra pas, c’est promis.

Pour les termes compliqués ou techniques, inévitables dans certains domaines, exploitez la profondeur de l’écriture hypertexte. Vous pouvez créer des liens qui dirigent l’internaute vers :

  • Un glossaire —qui ne fera pas de mal à votre référencement naturel, soit dit en passant ;
  • Des pages ou des articles qui définissent le terme en question ;
  • Des sites tiers qui l’expliquent en profondeur ;
  • Une définition sur le site du dictionnaire Larousse.

N’ayez pas peur d’utiliser la voix active !

« Vous devriez éviter la voix passive. Lorsqu’il utilise la voix passive, l’écrivain trahit en général sa peur de ne pas être pris au sérieux. »

Si la voix passive n’est pas efficace dans les romans, elle l’est encore moins sur le web.

Tout simplement parce qu’on ne fait pas confiance à quelqu’un qui n’assume pas ses propos. Au mieux, on n’assume pas parce qu’on ne sait pas. Et au pire, on n’assume pas parce qu’on sait qu’on a raconté n’importe quoi. Dans les deux cas, on utilise la voix passive et je n’ai pas besoin de vous faire un dessin pour vous expliquer à quel point c’est mauvais pour votre image.

L’internaute veut être acteur, voire maitre absolu (oui, il est comme ça l’internaute) de son expérience digitale : les textes rédigés à la voix passive ne lui donnent pas cette impression. Pire, ils peuvent lui faire penser que vous ne savez pas de quoi vous parlez et/ou que vous cherchez à vous désolidariser de votre contenu en ne vous engageant pas vraiment.

En pratique

Les internautes sont très soucieux de la fiabilité des contenus qu’ils consultent sur le web. Adoptez un ton direct, à la voix active, pour le rassurer sur la qualité de ce qu’il lit : vous maitrisez votre sujet et vous n’avez pas peur de le traiter.

Évitez les adverbes

« L’adverbe n’est pas un ami. Avec l’adverbe, l’écrivain trahit le fait qu’il craint de ne pas s’être exprimé avec clarté, d’être passé à côté de ce qu’il voulait souligner. »

Les adverbes peuvent être utiles et il est difficile de s’en passer. Pourtant, la langue française vous offre de nombreux verbes qui suffisent, la plupart du temps, pour décrire les nuances que vous voulez exprimer.

En pratique

En plus d’alourdir vos phrases (inutilement), les adverbes donnent (faussement) l’impression au lecteur que vous êtes en train de broder, soit parce que vous n’avez (carrément) plus rien à dire, soit parce que vous ne maitrisez pas (complètement) votre sujet. Dans les deux cas, l’impression n’est (certainement) pas celle que vous souhaitez (finalement) renvoyer.

À chaque relecture, identifiez les adverbes (en les mettant entre parenthèses par exemple), et relisez votre texte sans les prononcer. Moins longues, vos phrases seront plus percutantes car elles iront droit au but.

Structurez vos écrits web avec des paragraphes

« Les paragraphes se doivent d’être nets et pratiques. Le paragraphe idéal comporte une phrase présentant le sujet, suivie d’autres qui expliquent ou amplifient la première. »

Les paragraphes aèrent vos textes et les rendent plus agréables à lire, en offrant des repères visuels aux internautes.

Ils vous permettent aussi de hiérarchiser les informations : dans un contexte de lecture-éclair, vous devez tout de suite donner au lecteur l’information qu’il recherche —ou lui donner les moyens de la trouver. Si vous la cachez dans une masse de texte informe, il y a peu de chances pour qu’il fasse l’effort de chercher. Non, vraiment, il ira la trouver ailleurs.

En pratique

Construisez chaque paragraphe autour d’une idée principale, que vous pouvez choisir de développer ou non. Les paragraphes courts donnent du rythme au texte, tandis que les paragraphes longs lui donnent de la profondeur. À vous d’alterner les deux pour maintenir l’intérêt de votre lecteur.

Votre lecteur doit pouvoir passer de paragraphe en paragraphe, tout en identifiant l’idée-force de chacun d’entre eux. Gardez en tête que la lecture sur le web est rarement linéaire, et que vous devez proposer une navigation fluide à l’internaute, même au sein des textes.

Rédigez avant tout pour votre lecteur

« Lorsqu’un lecteur entend clairement l’écho de ce qui est sa vie, de ce qui constitue ses croyances, il y a davantage de chances pour qu’il s’investisse dans l’histoire. »

Vous êtes bien sur un blog marketing, et vous n’êtes probablement pas là pour apprendre à écrire des histoires. Mais en êtes-vous bien sûr ?

Les rédacteurs web détiennent un avantage non négligeable sur les romanciers. Nous sommes capables de connaitre nos lecteurs avec davantage de précision. Nous pouvons savoir quels textes attirent le plus l’attention de notre audience. Nous disposons aussi d’outils pour imaginer l’internaute qui nous lira, comme la méthode des buyer persona.

En pratique

Servez-vous de cette connaissance approfondie de votre lecteur pour parler avec ses mots (clés), pour utiliser les références culturelles qu’il connait le mieux. De cette façon, vous l’impliquerez davantage lors de sa lecture.

N’hésitez pas à lui raconter une histoire, à laquelle il pourra s’identifier ou qui le fera réagir. Vous n’êtes peut-être pas un auteur de fiction, mais rien ne vous interdit de séduire vos lecteurs grâce au storytelling !

La formule magique : relisez et resserrez vos écrits web

« Relisez-vous pour resserrer. La formule : version 2 = version 1 – 10%. »

Ce conseil, dispensé à Stephen King par un éditeur qui refusait de publier l’une de ses nouvelles, devrait à mon sens être appliqué à tous les contenus web.

En relisant le premier jet de vos textes (voire le second), dites-vous qu’au moins 10% de ce que vous avez écrit est inutile. C’est un fait : si vous vous contentez de supprimer les adverbes, vous allégerez déjà votre texte.

Mais il ne s’agit pas seulement de faire court : vous devez être à la fois juste, concis et précis. Rien que ça. Il s’agit d’identifier la véritable valeur ajoutée de votre texte, pour en supprimer le superflu. Vous devez être comme le sculpteur qui part d’un bloc de matière brute pour l’affiner, le façonner et finalement lui donner forme. Vos mots sont votre matière brute, et l’avantage, c’est qu’ils ne sont pas figés dans une boite au musée. Vous pouvez les travailler indéfiniment.

En pratique

Identifiez toutes les idées que vous développez dans votre texte, et demandez-vous en quoi elles sont utiles aux lecteurs.

Et si vous avez un peu de temps devant vous…

Regardez cet entretien de Stephen King au Grand Rex, lors de son passage à Paris en 2013. Il y parle de sa carrière, d’écriture et de ce qui lui fait le plus peur —vous risquez d’être surpris. C’est un peu long (1h34), mais ça vaut le détour.

Une autre idée d’auteur à détourner au profit de la rédaction web ?

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